La région "hopital", ses actions

 

 

>>carte du secteur<<

>>Le réseau en Creuse (par René CASTILLE)<<

 

LE RESEAU "ALLIANCE" EN CORREZE

par Marie-Madeleine FOURCADE,

ancien chef du Réseau F.F.C. Alliance

 

"La Corrèze avait reçu au S. R. « Alliance » le beau nom d’ « Abri ». Ce qui signifiait que là on pouvait reprendre haleine, recueillir les « animaux traqués », s’évader de France pour échapper aux griffes de l’ennemi ou poursuivre en Angleterre des stages de perfectionnement.

 

C’est au printemps 1942 que J. BROADHURST (Bélier), qui sortait de prison où il avait été mis pour une affaire de parachutages d’armes, vint me trouver de la part de son avocat Louis JACQUINOT (Serval), pour m’annoncer qu’un solide noyau de Résistance s’était formé en Corrèze depuis plus d'un an et souhaitait se raccorder sur un réseau. Je les adoptais d’emblée et bientôt ce département devint une bénédiction pour l’organisation. Non seulement le pays se prêtait admirablement aux actions de toutes sortes, mais les hommes du terroir se révélaient être d’une trempe peu commune par la solidité de leurs convictions, leur ardeur de s’organiser dans l’ordre et le secret. Jean VINZANT, d’Ussel (Danois), fut leur premier chef du secteur.

 

Il avait principalement autour de lui Louis LEMAIRE (Setter), de Tulle, Edmond MARTY (Braque), Paul HUMMEL (Cocker) et sa courageuse nièce, Fernand ALIBERT (Barbet) et son fils Jean (Truxale), l’abbé ALVITRE (Caille), l’abbé LAIR (A. 204), Roland CREEL (Labrador), Pierre et Marie DEYX, d’Eygurande, Paul PRADAUD et tant d’autres, agents fidèles, aux totems empruntés à la gent canine : « Nous sommes les chiens de garde », disait VINZANT. Nous entretenions à travers lui des contact étroits avec la naissante A.S. animée par les docteurs BELCOUR et SYRIEIX (Fox), qui, en même temps, nous fournissaient de précieux concours.

 

Notre premier terrain d’atterrissage fut celui d’Ussel, que la R.A.F. affectionnait. Le commandant Léon FAYE, en août 1942, s’envola le premier pour Londres de cette base exceptionnelle, où atterrit le captain RODRIGUEZ « Pie » un octobre et d’où partirent en novembre les trois policiers de Vichy qui avaient permis à no­tre évasion de Marseille d’être un succès complet : les trois vaillants Corses : PIANI, REVERBEL et RUTALI.

 

En décembre, nous n’étions pas moins de quatre évadés « célèbres » et âprement recherchés, à fêter joyeusement Noël à « l’Abri » : le général d’armée aérienne COCHET, Claude HETTIER DE BOISLAMBERT (Chancelier de l’Ordre de la Libération), le commandant FAYE et moi-même. À cette époque, Ussel, Tulle et Brive devinrent, pendant des semaines, la plaque tournante du réseau qui doit aux bases solides de cette merveilleuse région d’avoir pu repartir de plus belle.

 

Le 14 janvier 1943, une quatrième opération sur le même terrain enlevait BOISLAMBERT, FAYE et Henri DOR (Faon), tandis que le général COCHET et une caravane d’agents brûlés et de spécialistes de l’aviation prenait la direction d’Alger, via l’Espagne, avec des identités canadiennes.

 

À la lune de mars, je m’apprêtais d’assurer le retour de FAYE et je m’installais un peu de l’écart de la ville, chez Mme DUMONT (« Cigale » ou tante « Jim »). Notre émetteur fonctionnait comme à l’accoutumée dans le grenier de la maison familiale de Jean VINZANT (Danois). Tout à coup, la catastrophe survint. Les Allemands investirent notre terrain en le jalonnant de piquets, ce qui en interdisait désormais l’usage. Ils cernèrent la route, la gare. Ils occupèrent la maison VINZANT pour y tendre une souricière. Nous étions pratiquement faits comme des rats. C’était comp­ter sans l’exceptionnel sang froid de nos amis Corréziens. La vieille servante au grand cœur, Marie, sortit le poste de « Pie » dans son tablier rempli de haricots à écosser, à la bar­be soupçonneuse des nazis et le remit, dans la rue, à Roland CREEL (Labrador) qui faisait le guet. Le docteur SYRIEIX (Fox) vint me prendre, ainsi que « Pie » à la nuit tombée, dans sa voiture de médecin de campagne et fonça en grognant contre les Boches à travers les barrages pour nous faire attraper un train qui nous permit de stopper en gare de Saint­Germain-des-Fossés l’équipe des partants : le docteur ZIMMEM, le colonel DELAMAIRE et le capitaine Pierre DALLAS (Cornac), qui, sans cela, se seraient réveillés entre les mains de l’ennemi. Ce fut un exploit sensationnel de plus à l’actif de nos vaillants Corréziens, comme avait eu lieu un autre exploit, unique celui-là, le mois précédent, la mise en échec de la Gestapo par l’abbé LAIR (A. 204) et ses amis, en plein centre de Tulle, sauvant ainsi LEMAIRE (Setter) et sa famille, d’une mort certaine.

 

Malgré ces coups terribles, le secteur « Abri » devait survivre jusqu’à la libération, sous l’impulsion du successeur de Danois : André GIRARD (Pointer).

 

L’abbé LAIR n’est plus, d’autres chers camarades ont disparu à leur tour, mais leur souvenir reste vivace et frais dans nos mémoires, comme l’aube de la délivrance. […] "

 

La voix de la Résistance - N°135 -  Août 1969

 

C’est à Brive qu’André GIRARD, alors rédacteur principal de 2nde classe, est contacté par l’ingénieur en chef Marcel LEMOIGNE, frère de Joël (alias "Triton" - sous réseau Sea-Star) ; il souscrit un engagement comme agent P2 au Réseau Alliance à compter du 1er janvier 1943 et reçoit le pseudonyme de "Pointer" du chef de la région Centre-secteur "Asile" (basé à Vichy), le général Camille RAYNAL alias "Briard".

général Camille RAYNAL    Joël LEMOIGNE

La région "Hôpital", secteur d’asile des agents menacés du réseau est caractérisée par les surnoms de chiens de ses membres. Cette région (centre-ouest de la France) est alors dirigée par Jean VINZANT "Danois". L’actif secteur de Tulle est placé sous l’autorité de Louis LEMAIRE "Setter" et de son adjoint Fernand ALIBERT "Barbet". Cette région est limitrophe aux secteurs Bordeaux-la Rochelle "Hangar/Caverne", Sarlat "Tunnel", et Toulouse "Caserne/Clinique", alors dirigés respectivement par Philippe KŒNIGSWERTHER ("Genet" "Mandrille" N.10), et son adjoint, le capitaine de réserve Jean GODET "Antilope",  le colonel Édouard KAUFFMANN ("Criquet", "Manitou") et son adjoint Roger DELILLE, "Caniche", ainsi que le commissaire de police Jean PHILIPPE ("Basset" U.1), puis Robert ZAKOVITCH "Hoplite".

Philippe KOENIGSWERTHER        Edouard KAUFFMANN

Ville de Brive

La Corrèze devient le théâtre de quatre pick-up sur le terrain de Ussel-Thalamy : en août 1942 (opération "Mercure"), dans la nuit du 26 au 27 octobre 1942 ("Achille"),  du 14 au 15 janvier 1943 ("Ajax") avec le pilote John BRIDGER et du 25 au 26 novembre 1942 ("Apollon") avec Peter VAUGHAN-FOWLER. Le réseau organise ces opérations avec l’équipe "Avia", composée du capitaine Pierre DALLAS "Cornac", de Jean-Baptiste ANDREANI, du colonel Henri CORMOULS "Pégase", de Jacques DEVORT, des opérateurs radio Arthur GACHET-CROWLEY "Héron" et Ferdinand RODRIGUEZ "Pie" ainsi que du comité de réception local : "Danois", "Fox", "Labrador", "Cigale", André et Henri BELCOUR.

Pierre DALLAS

Cependant, l’opération "Platon", prévue vers le 15 mars 1943, échoue, le terrain ayant été préalablement piqueté et la ville d’Ussel, investie par le S.D

Le terrain d'aviation d'USSEL-THALAMY a été créé par l'armée de 1936 à 1938. Lors de la retraite de 1940, il a recueilli des avions dont la plupart n'ont pas pu redécoller, le sol n'étant pas suffisamment compact (drainage insuffisant) et ont été brûlés sur place. Après l'armistice, ce terrain a été remis au Secrétariat Général à l'Aviation Civile, service embryonnaire à l'époque, qui remet l'entretien et la surveillance au Service des Ponts et Chaussées. C'est la subdivision d'USSEL EST qui reçoit cette charge dans ses attributions. En janvier 1942, la subdivision de LAPLEAU étant supprimée, L. DUBOIS, ingénieur des travaux publics, chef du Service Mirage et membre de l'A.S. Corrèze, est muté à USSEL pour assurer l'intérim de la subdivision d'USSEL EST, son titulaire, Monsieur A. GUILLON, étant prisonnier. Il rejoint ce poste le 1er février 1942. L'hiver 1942 très rigoureux et enneigé ne lui permet pas de voir l'aérodrome avant le début du mois d'avril. Après examen, le premier travail à faire est de nettoyer l'aire d'atterrissage des débris restants des avions incendiés en 1940 et de ramasser méticuleusement les obus de 20 mm qui la parsèment et sont dangereux. Cette tâche est exécutée par M. NIFLE, cantonnier, qui demeure dans un village proche et qui assure l'entretien du C.D. qui longe l'aérodrome. L'aviation étant un des loisirs de DUBOIS, le terrain l'intéresse et il veut le rendre le plus possible à sa destination première, mais l'absence de crédit rend la tâche très difficile et c'est toujours NIFLE qui va être mis à contribution pour le nettoyage des puisards et des collecteurs du réseau de drainage qui sont garnis de cailloux arrivés là on ne sait trop comment. Au mois de mai s'est posé le problème du fauchage. Une petite partie du terrain, environ 7 hectares, était assez bien engazonnée et les herbes étaient très hautes. Avec la complicité de M. PARLANGES, l'inspecteur des Domaines, ce point a été résolu par voie de troc (pratique plutôt illégale mais justifiée par les circonstances). Les agriculteurs des villages voisins contactés par NIFLE se sont vus proposer 1 ha de prairie à faucher et dont le foin leur appartiendrait moyennant le fauchage en contre partie d'une surface déterminée de bruyère, ce qui permettait de dégager les abords de l'aire dite d'atterrissage. Cette solution fut acceptée et au mois de juin, l'aérodrome retrouvait ainsi un aspect plus conforme à sa destination.

DUBOIS ne pensait pas à l'époque qu'il serait utilisé aussi vite puisqu'au mois d'août il voyait se poser un Lysander dans la nuit du 26 au 27. Dans ces campagnes, que ce soit de jour ou de nuit, rien ne peut se passer sans écho. Aussi, le lendemain, il était prévenu qu'un avion avait utilisé le terrain. Il allait donc sur place et, dans l'herbe humide, la trace des roues du Lysander était parfaitement visible. NIFLE est là et lui sortit de sa poche une superbe paire de gants en cuir qu'il lui dit avoir trouvés en suivant la trace des roues. Ces gants portaient sur le bouton " Made in England " ; le raid était signé.
Il conseilla alors à NIFLE de déclarer sa trouvaille à la mairie de Saint Exupéry sans faire de commentaire, d'indiquer comme lieu de sa découverte une portion du C.D. 45 dont il a la charge d'entretien, c'est à dire fort loin du terrain, et de garder les gants chez lui en mentionnant qu'il les tenait à la disposition du propriétaire. Quant à DUBOIS, il signalait à l'Administration qu'un véhicule avait circulé sur le terrain en occasionnant deux ornières. L'affaire ne sembla pas avoir fait de vagues. Cependant il faut noter que fin septembre, DUBOIS eu la visite sur le terrain d'une commission d'armistice composée d'un capitaine de la Werhmacht accompagné de quatre sergents S.S. et d'un capitaine d'aviation français (qui l'avait prévenu téléphoniquement de cette visite qui aurait dû être secrète). Sur question du capitaine allemand, il lui déclara que le terrain très humide ne supportait pas le passage de véhicule quelconque (la présence de joncs confirmait sa thèse) et il ne pouvait servir qu'au pacage de moutons. Ce qui avait eu l'air de le convaincre. Le 10 octobre, DUBOIS quittait USSEL, rappelé à TULLE pour être affecté au bureau de l'ingénieur en chef.

Stèle commémorative de Thalamy (Ussel)

Nb : le réseau faisait usage de pseudonymes tels que "Donjon"=Londres (centrale), "Edmond"=Brive-la-Gaillarde, "Geneviève"=PC Paris, "Gibet"=gestapo S.D., "Carmen"=Pierre LAVAL. Également, les premiers parachutages pour le réseau furent réceptionnés non loin du secteur "Abri", en Dordogne, dans la nuit du 19 et 21 janvier 1941, par Pierre BERTHOMIER.

Pierre BERTHOMIER

 

1943, l'année terrible

Le 30 janvier 1943, l’état-major du réseau quitte Cahors pour Lyon ; de passage à Tulle, il est hébergé par l’équipe locale ("Setter", l’abbé LAIR, …) et le maire de Naves, sympathisant de l’Alliance, Clément PELISSIER.

"Castel Lolita" à Cahors, PC du réseau en janvier 1943

Après une "formation" de quelques mois, André GIRARD est nommé chef départemental du réseau pour la Corrèze.

Le secteur effectue principalement la collecte de renseignements sur le trafic des trains allemands de passage en gare de Brive, l'organisation du départ des aviateurs alliés tombés en France et la recherche des terrains d'atterrissage ou de parachutage ; il est alors particulièrement actif dans la région de La Rochelle et du mur de l’Atlantique (activités des arsenaux, gares de triage, passage de troupes, plans d’évacuation…).

Le 18 février 1943, le S.D. tente d’arrêter Louis LEMAIRE "Setter" dans son magasin, près de la cathédrale de Tulle, mais madame LEMAIRE et l’abbé LAIR ameutent la population, interrompant l’arrestation ; Le lendemain, l’abbé LAIR est arrêté, porteur de documents compromettants, sans que les deux valises contenant le poste-émetteur du réseau ne soient découvertes dans le confessionnal de la cathédrale. Condamné à mort, il sera fusillé le 23 mai 1944 à Ludwigsbourg. Le 25 février, Paul PRADAUD est arrêté à son tour puis déporté à Buchenwald et Dora.

En juillet, les ALIBERT doivent quitter Brive pour Alger par l’Espagne. Menacés, Henri et André BELCOUR sont également contraints de quitter le territoire national.

André BELCOUR croqué par Jean OBERLE sur un paquet de cigarettes Gitanes
© Baptiste BELCOUR

Le 12 août 1943, "Pointer" réussit avec de grandes difficultés à s’échapper d’une souricière tendue par le S.D. au domicile du chef de secteur de Castelsarrasin, le lieutenant MICHEL.

En novembre 1943, il est promu chef de secteur (départements de la Creuse, Indre, Haute-Vienne, Corrèze, Cantal et Aveyron) par le commandant Serge MAILLARD "Grondin", chef régional à Limoges et son adjoint, Henri GAILLARD "Buzard", avec l’aval du responsable de la région sud-ouest, le colonel Jean-Baptiste MORRAGLIA "Epervier". 

Général Jean-Baptiste MORRAGLIA

"Pointer" est alors chargé de centraliser les divers renseignements recueillis dans son secteur. Également en octobre, à Paris, André GIRARD remet à "Pétrel", Georges LAMARQUE, le plan d’évacuation des Troupes d’occupation en France (T.C.O.) en cas de débarquement  allié fourni par l'un de ses plus remarquables agents, Gaétan DEVAUD "Migrateur".

Georges LAMARQUE

En décembre 1943, il soustrait aux réquisitions allemandes une quinzaine de véhicules cachés en juin 1940 dans le Lot et ce, "officiellement" pour le compte de son administration, grâce à une réquisition du Préfet.

L’hiver 1943 est particulièrement tragique pour la région avec l’arrestation de nombreux agents ; de même, les principaux responsables rejoignent Londres par pick-up de lysanders ou Alger (par l’Espagne), entraînant la nécessité de réorganiser entièrement les secteurs. Londres ordonne d’ailleurs à plusieurs reprises à "Pointer" d’interrompre ses activités par mesure de sécurité.

 

1944-1945, Sainte-Victoire

Henri BATTU "Sarigue" devient responsable du sud-ouest de la France en mars 1944 et adjoint du successeur du colonel FAYE en qualité de responsable du réseau en métropole, Paul BERNARD "Martinet".

Henri BATTU                Paul BERNARD

"Pointer" devient quant à lui en avril 1944 chef régional des départements dont il est déjà responsable ainsi que de la Dordogne, du Cher, de la Charente-Maritime, de l’Indre et Loire, de la Vendée, de la Vienne, des Deux-Sèvres et du Lot, soit 16 départements situés au nord de la Garonne et au sud de la Loire, et dénombrant 185 agents au 6 juin 1944.

Sa région est alors organisée en cinq secteurs :

Carte de la région "Hôpital" au 6 juin 1944

Le 5 mars 1944, "Pointer" doit recruter deux "pianistes" ; ce seront deux agents volontaires des Postes & Télécommunications : "Raoul" et Lucien DOREL "Désiré". À partir du mois d’avril, il est doté de deux postes émetteurs ("Verdi" basé à La Souterraine et "Grieg" à son P.C. en Corrèze). Cependant, les émissions sont souvent repérées par la radiogoniométrie allemande et non satisfaisantes. Par la suite, les émissions ont lieu au P.C. du colonel F.F.I. Hervé avec un M.11. prêté par l’A.S. corrézienne.

Message clandestin

Le 25 mars, André GIRARD est fouillé méticuleusement par la Police dans le train entre Cahors et Brive après une tournée de son secteur.

Le 28 mai, Victor RENAUD "Pataud", agent de renseignements et de liaison du secteur abri, est arrêté à son domicile, en Creuse. Abominablement torturé, il est exécuté le 23 juin 1944 par la milice.

Dans un rapport transmis le 7 juin à l’occasion d’une réunion exceptionnelle du Comité Départemental de Libération de Corrèze (au monastère Saint-Antoine de Brive), le chef du service de renseignement des M.U.R. de Corrèze, René JUGIE, alias "commandant Gao", informe le président Émile BAILLELY "colonel Bonnet" :

« […] je pense qu’il est urgent de faire intervenir le comité départemental car Guy*, Chocho** et Pointer affirment que des unités se déplaçant vers le nord-ouest sont une menace pour notre région […] ».

[*Guy BONJOUR "Guy I" ; **Pierre CHAUMEIL, fusillés le 17 juillet 1944 à Brive]. Cote 1005W1 - Archives Départementales de Corrèze

Ce rapport confirme la transmission du renseignement recueilli par le réseau Alliance vers les responsables des maquis de Corrèze quant au déplacement de la division blindée S.S. Das Reich dans la région. Grâce à Anthème BESSON, "Pointer" est averti sur la ligne du service des mesures et dérangements du passage de la division dans Cahors. Aussitôt, il délègue son adjoint, Georges VALADE "Chiot", afin d'avertir les responsables départementaux de l’A.S. (René JUGIE) et des F.T.P. (notamment son camarade de lycée Jean-Jacques CHAPOU "colonel Kléber") ; néanmoins, cette unité perpétra ses mémorables exactions de Tulle puis d’Oradour sur Glane.

Au cours de l’été 1944, les missions et déplacements des agents sont soumis aux aléas de la régularité des liaisons ferroviaires entre leur secteur et le PC briviste ; de même, les contacts avec les maquis des secteurs autres que corréziens sont souvent difficiles et sujets à des quiproquos ou à des situations conflictuelles, notamment avec les maquis F.T.P. de la Haute-Vienne.

Le 1er août, l’agent Georges MONEGER est fusillé à Bourg-Lastic ; arrêté à Neuvic la veille, il collaborait avec son père Léon au réseau notamment en transportant et en cachant des patriotes de passage à Thalamy. Né le 2 avril 1920 à Bourges, mécanicien et pionnier de la Résistance en Haute-Corrèze, "Jo" avait succédé à son père à la tête de l’A.S. de Neuvic et fut nommé Compagnon de la Libération à titre posthume.

Le 18 août, le PC du réseau envoie de Paris Jacques FORMERY dans la région "Hôpital".

Carte de service FFC / S.R. Alliance (1944) d’André GIRARD           

Depuis l’engagement d’André GIRARD au réseau Alliance, son épouse et son fils René sont réfugiés dans la région d’Objat ; lui-même réside à Brive (au numéro 9 rue Alphonse DAUDET à Brive) et poursuit l'exercice de ses fonctions pour le compte de l’administration des tabacs (1 rue de Feletz), assisté dans ses activités professionnelles et clandestines par mesdames COMBET et Alice HIPPERT. Il est d'ailleurs promu à la fonction de rédacteur principal de 1ère classe en 1944.

Domicile d'André GIRARD à Brive

Attestation des F.F.C. d’André GIRARD   Attestation des F.F.C. d’André GIRARD   Attestation des F.F.C. d’André GIRARD

La région étant libérée fin août 1944 à l’exception de la poche de la Rochelle, André GIRARD est convoqué par radio au QG du réseau à Paris, installé au numéro 63 de l'avenue des Champs-Élysées, pour régler pendant plusieurs mois la liquidation de sa région et la gestion administrative de ses agents (reclassement, décorations, soutien social…). Il rencontre ainsi pour la première fois "Hérisson", alors Marie-Madeleine MERIC.

Marie-Madeleine MERIC

Le 26 octobre, au cours d’un déplacement de La Bourboule et Murat-le-Quaire (63) à Paris, il est victime d’un accident de la circulation près de Montargis ; son épouse ainsi que la sœur et la nièce du colonel FAYE "Aigle" (Marie-Madeleine et Claude LEMASSON) sont tuées sur le coup. L’agent de liaison Monique BONTINCK "Hermine" et lui-même sont grièvement blessés.

Monique BONTINCK et son époux Ferdinand RODRIGUEZ

En décembre 1944, il est volontaire pour rejoindre l’antenne Lyautey, composée d’Alsaciens et de Lorrains réfugiés en Corrèze ainsi que d’agents de sa région. Employée avec la 3ème Armée américaine du général PATTON, cette unité, basée à Thionville et commandée par le commandant "Tétra", le docteur Pierre NOAL, accomplit des missions tactiques et stratégiques derrière les lignes ennemies. Ainsi, André GIRARD participe à deux missions, à Forbach et à l’est de Trèves, en qualité de chargé de mission de 1ère  classe (opération Walton). Par ailleurs, il accomplit des missions relevant de la sécurité miltaire.

Le 1er janvier 1945, il quitte les Forces Françaises Combattantes (le réseau étant rattaché jusqu’en 1944 à l’Intelligence Service – MI 6) pour être reversé dans la Direction Générale des Études et Recherches (B.C.R.A.) avec le grade de capitaine. Jacques SOUSTELLE sera le directeur de ce service de renseignement du 6 novembre 1944 au 18 avril 1945, suivi par André DEWAVRIN (S.D.E.C.E.) du 19 avril 1945 à avril 1946.

Carte d'identité du G.P.R.F. / D.G.E.R. d’André GIRARD

Ordre de mission de la D.G.E.R. d’André GIRARD    Attestation de la D.G.E.R. d’André GIRARD

Auditionné par un officier de la sécurité militaire, celui-ci le définit dans son rapport comme un "garçon calme, intelligent, lucide, maître de soi et possédant une grande facilité d'élocution. M'a fait une excellente impression".

Nommé sous-lieutenant d'active à compter du 1er juin 1945 par décret du 26 mai 1945, André GIRARD est démobilisé le 13 août 1945

Dans une attestation de 1945, Marie-Madeleine FOURCADE écrit à son sujet : "Chef de secteur remarquable, dévoué, consciencieux, qui a fourni un travail au service de renseignement de tout premier ordre. Son recrutement dans son secteur permit des résultats qui furent très appréciés. Fut également à la base des résultats obtenus à l'antenne Lyautey. A nommer officier de réserve".

De plus, Gilbert BEAUJOLIN alias "Caïman", co-chef du réseau à la libération, écrit au printemps 1945 : "Elèment de premier ordre ayant présidé pendant 20 mois à toute l'activité de la région sud ouest. D'abord chef départemental puis chef de secteur, avait en avril 1944 16 départements sous ses ordres, 185 agents et deux postes émetteur. A orienté le renseignement de sa région avec un rendement sans cesse accru avec un minimum de pertes parmi ses effectifs. A en outre recueilli les rescapés du réseau de Bordeaux et des Charentes qu'il a maintenu en activité, certains d'entre eux travaillant encore aujourd'hui à La Rochelle ; a fait preuve d'un sang froid exceptionnel pendant une période particulièrement difficile où, pour mener à bien sa tâche, il était obligé de parcourir sa région en tous sens, se heurtant aux barrages de guérillas et traversant les grands mouvements de l'armée ennemie. Est un magnifique exemple de désintéressement et de dévouement à la cause et de patriotisme."

Décorations

André GIRARD est décoré :

Citation de chevalier de la Légion d'Honneur d’André GIRARD    King'medal for courage d'André GIRARD    Citation d'André GIRARD

Diplôme de Chevalier de la Légion d'Honneur    Diplôme d'Officier de la Légion d'Honneur    Diplôme de la confédération européenne des anciens combattants    Diplôme de la croix d'honneur du mérite franco-britannique

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