Le temps de la méprise

 

Jaquette du "Temps de la méprise"

Cette œuvre autobiographique sur la période 1940-1945 a été achevé d'écrire en juin 1958 et publiée au cours de l'automne 1965 aux éditions France-Empire, en collaboration avec l’historien Robert HERVET, auteur des "Compagnons de France" et des "Chantiers de la jeunesse" (Éditions France-Empire)

Créées en 1945, les éditions France-Empire sont alors dirigées par leur fondateur, Yvon CHOTARD, membre du réseau Alliance, président du syndicat national de l’édition et du cercle de la librairie et membre du conseil économique et social depuis 1964 (futur président du C.N.P.F. de 1981 à 1986, décédé le 13 novembre 1998). 

Sous son impulsion, André GIRARD dédicace son livre à Limoges et à Brive-la-Gaillarde début février 1966. Également, le lundi 7 mars 1966, André GIRARD et Robert HERVET présentent "le temps de la méprise" lors de l’émission de télévision "Paris-Club" animée par Jacques CHABANNES.

Des articles sont publiés dans "Elle", "France-Soir" (15 janvier 1966), "La voix de la Résistance" (novembre 1965), "La République du Centre", "Les nouvelles littéraires", "Le populaire du Centre" (11 janvier 1966)… ; certains articles suscitent cependant l’émotion d’anciens résistants limousins, tel Gaston HYLLAIRE "Léonie", réactions entraînant une mise au point par Marie-Madeleine FOURCADE sur un chapitre rapportant des faits survenus lors de la libération de Limoges et mettant en cause le chef des F.F.I. de la Haute-Vienne Georges GUINGOUIN :

Le jeudi 24 août 1944, au cours du transport d’un poste radio dans la région de La Rochelle, à l’heure du contact journalier avec Londres, les agents Gérard DREYFUSS "Magot", Joseph SCHLOESSER "Séraphin", Pierre BORDES "Just", le radio Lucien DOREL "Désiré" et André GIRARD "Pointer" opérent leur émission de façon visible dans l’hôtel Chabassier de Meuzac. Le capitaine A.S. Amédée NATUREL, un instituteur de l’état-major F.F.I. du colonel RIVIER (chef des F.F.I. de la région R 5 en 1944), fait arrêter les cinq agents dénoncés avec empressement par des habitants alors épris d'un patriotisme de circonstance. Ils sont ensuite emprisonnés sous une garde surexcitée dans les bureaux de la mairie de Limoges libérée deux jours auparavant. Le batiment est alors occupé par l'Etat-Major du commandant de la place d'armes de Limoges, le lieutenant-colonel Charles GAUMONDIE. Les prisonniers sont néanmoins traités dans des conditions convenables et peuvent se restaurer au café "Le Napolitain".

Suite aux interventions pressantes de Londres et de plusieurs responsables A.S. ou M.U.R. corrèziens prévenus par un lieutenant F.T.P. chargé de les garder, ils ne sont relâchés par le colonel GUINGOUIN que le 27 au matin, détroussés de l’argent, des documents et du poste-émetteur du secteur. L'énigmatique "commandant des forces de police de la région de Limoges MARCEL" remet alors aux libérés un laissez-passer permanent (Cf. infra).

lplimoges.JPG (245001 octets)            Insigne du Maquis Limousin

Malgré la véracité des faits, la publication du livre entraine rapidement une polémique à caractère politique faisant écho à "l'affaire Guingouin" où l'ex-chef des F.F.I. de la Haute-Vienne avait été accusé en 1954 d'être le commanditaire d'une série de meurtres commis à la Libération avant de bénéficier d'un non-lieu. 

Au cours de la campagne de presse menée en Limousin par ses sympathisants, Georges GUINGOUIN adresse une lettre au quotidien limougeaud "Le Populaire du Centre" en réponse à un article publié par ce quotidien le 11 janvier 1966 annonçant la parution du "Temps de la Méprise". Cette lettre fait par ailleurs suite à la "condamnation pour l'histoire" du livre par un comité A.S.-F.T.P.-O.R.A. (dont le secrétaire était l'incontournable Amédée NATUREL) dans un communiqué publié dans le quotidien "Le Monde" du 6 avril 1966 :

"Réponse à l'article du Populaire du Centre du 11 janvier 1966 envoyé à ce journal par voie d'huissier. 

Cette mise au point n'ayant pas été inserée conformément à la loi, Georges GUINGOUIN a été obligé d'en saisir les tribunaux

Réponse de Georges GUINGOUIN, compagnon de la Libération à des hommes sans conscience

Un certain GIRARD prétend dans son livre "Le temps de la méprise" que le 25 août 1944 au soir, il a été menacé "d'une exécution en plein Limoges". Cela n'a pu être car dès le 22, une cour de justice formée des représentants des trois organisations de la Résistance avec un commissaire du Gouvernement avait été constituée pour éviter les exécutions sommaires et justement le 25 à 13 heures 15 sur mon ordre, la radio avait diffusé la consigne "Aucune arrestation ne peut être opérée sans mandat d'amener régulier".

"L'auteur du crime qui va se commettre est là, en coulisse, dans quelque bureau... GUINGOUIN a décidé de nous faire disparaitre" écrit-il. Erreur capitale, la mairie de Limoges était le P.C. de Charles GAUMONDIE. C'est au 29 avenue de la Libération (ainsi nommée depuis pour cette raison) où se trouvait mon état-major.

D'après les déclarations de Charles GAUMONDIE et ses adjoints HYVERNAUD et LECOMTE CHAULET, jamais des hommes n'ont été incarcérés dans un bureau de l'hotel de ville, ni gardés à vue. Le chef régional des M.U.R. HYLLAIRE dit "Léonie" apporte un démenti formel ; n'ayant jamais été abordé par Pierre BORDES, l'un des cinq hommes arrêtés, il n'a jamais tenu les propos qui lui sont prétés par GIRARD. Ce dernier précise que ses gardiens ont été appelés "à surveiller la gare de Limoges". Pas de chance car ce secteur était attribué à l'A.S. et non aux F.T.P.F.

Le colonel LABARNE, ancien chef de l'armée secrète pour la région dont faisaient partie la Haute-Vienne et la Corrèze, de son côté n'a jamais été saisi ni lui, ni aucun officier de son état-major des faits allégués par GIRARD.

Le chef de la Haute-Vienne du propre réseau de GIRARD, Amédée NATUREL, s'étonne de n'avoir jamais été mis au courant. Il a tenu à me faire part de sa surprise et de son indignation.

Il est facile de romancer au sujet d'actions qui ne peuvent être connues que des quelques personnes interessées. C'est ainsi que j'ai eu la surprise d'apprendre qu'un coup de téléphone m'avait été donné au sujet de GIRARD et aussi qu'auparavant à l'automne 43, je l'aurai chargé d'envoyer un S.O.S. à Londres... Car parait-il que mon maquis était cerné par les Allemands. La population de la région de Châteauneuf jugera d'elle-même d'après cette affirmation du peu de sérieux des récits de GIRARD.

L'absence de scrupule de ce dernier en 1966 pose d'ailleurs un problème sur son attitude en 1944. Il révèle en effet dans son livre qu'étant à Brive le 6 juin au matin, il fut appelé de Cahors par un de ses agents : "je te signale la venue vers Brive de trois divisions blindées boches DER FUHRER, DAS REICH et DIE DEUTSCHLAND. Il dit qu'il a fait avertir les officiers F.T.P. mais le 8 juin au soir, deux heures avant l'arrivée des chars Tigre de la DAS REICH, CHAPOU dit "Kleber" qui commandait Tulle, n'avait pas eu connaissance de cette information capitale. KLEBER a été tué, il ne peut donc en témoigner. Mais le récit de son entrevue avec lui, le 8 juin, à 20 heures, que fait le préfet de la Corrèze TROUILLE (nommé citoyen d'honneur de cette ville martyre) dans son "journal d'un préfet pendant l'occupation", en fait foi. Et le 9 juin, c'étaient les 99 pendus et les déportations sur ordre du bourreau LAMMERDING, atrocités que Limoges n'a pas connues, car GUINGOUIN s'était refusé à prendre la ville.

"Le Populaire" a présenté avec éclat les affabulations de GIRARD. Il y a 12 ans, c'était l'odieuse "Terre d'épouvante" qui contribua à me faire impliquer dans une affaire judiciaire où je n'avais rien à voir, ainsi qu'il le fut démontré par l'octroi d'un non-lieu.

Victime d'une incarcération injustifiée, je faillis perdre la vie. Les experts commis par la justice purent dire de moi : "son état inspirait de réelles inquiétudes pour sa vie". Et enfin libre, je dus emprunter pour couvrir les frais occasionnés.

Il est regrétable qu'un journal socialiste, abandonnant l'exemple donné par les pionniers du socialisme en Limousin, oubliant qu'à l'état-major de la libération à Limoges, il y avait à côté du colonel GUINGOUIN le commandant ENSERGUEIX, militant socialiste, s'abaisse aux méthodes dont fut victime le ministre socialiste SALENGRO au temps où les cagoulards faisaient sauter l'immeuble du patronat, rue de Presbourg à Paris, pour accuser les organisations ouvrières.

Oui, nous avons su entrainer à la lutte ceux dont le dynamisme fit reconnaitre à Limoges, par la Résistance entière, le titre de "Capitale du Maquis" en 1944.

Oui, nous avons été les dignes héritiers de ceux dont la combativité fit choisir notre ville en 1895 comme berceau de la Confédération Générale du Travail.

Oui, j'ai été critiqué, même lorsque j'obtenais le 21 août 1944 la capitulation de la garnison allemande de Limoges, évitant ainsi, aussi bien à ses libérateurs qu'à la population civile, de nombreuses pertes de vies humaines et des destructions massives.

Oui, j'ai accompli ma tache au maximum de mes forces avec l'aide de mes camarades de combat, tandis que certains ont mauvaise conscience car ils n'ont pas su, à l'exemple des bretons, entrainer les limousins à lutter pour que leur terre ne devienne pas une province desheritée.

Georges GUINGOUIN,

Chef départemental des Forces Françaises de l'Intérieur de la Haute-Vienne


Ce courrier n'ayant pas été publié en raison de son caractère particulièrement diffamatoire et mesquin, une nouvelle missive est publiée le 28 novembre 1966 sous le titre "Attendu que le droit de réponse est général et absolu, mais attendu que... de l'iniquité dans l'histoire humaine", visant à réduire à néant toute tentative de rétablir la vérité historique ou commentaire susceptible de s'écarter d'une version convenue..., travaux ainsi avantageusement taxables de mensonges ou de sous-entendus bassement politiques ou révisionnistes :

"Monsieur le Directeur,

Mis en cause dans "Le Populaire du Centre" du 11 janvier 1966 au sujet du livre de GIRARD, au lieu d'engager un procès en diffamation que j'aurais certainement gagné, je m'étais contenté de demander l'exercice de mon droit de réponse. Mais ma lettre du 6 avril n'ayant pas été publiée, j'ai dû porter l'affaire devant les tribunaux. Le 25 mai, un jugement d'incompétence était rendu. Après une nouvelle plaidoirie le 23 juin, l'arrêt [ndlr le jugement] n'a pu être rendu que le 10 août, me déboutant et me condamnant aux dépens.

J'ai interjeté appel mais l'affaire ne peut passer que le 5 janvier 1967. Mon droit de réponse expirant le 11 janvier, je préfère me désister et vous adresser cette nouvelle mise au point.

Je m'abstiendrai ici de toute polémique sur la personne ou l'action de GIRARD dans la Résistance et me contenterai de citer le communiqué des organisations de la Résistance et de la Déportation de la Haute-Vienne, déclarant qu'il "calomnie" l'ancien chef départemental des F.F.I. G. GUINGOUIN, tout en donnant de la Résistance limousine une image caricaturale.

Il est facile de romancer au sujet d'actions connues seulement de quelques personnes. Cependant il est de notoriété publique que l'avenue de la Libération (qui porte ce nom puisque mon état-major était au 29) [ndlr c'est à dire la préfecture de la Haute-Vienne ; en réalité dans l'ancien hôtel particulier de Théodore HAVILAND - rue du général Cérez] ne touche pas la mairie de Limoges où GIRARD affirme que j'étais et où en réalité se trouvait Charles GAUMONDIE. Il est loisible à GIRARD de faire sienne l'expression méprisante de DARNAND parlant des "bandes" de la Résistance. Tous les Limougeauds qui ont vécu cette époque ont gardé le souvenir de l'ordre impeccable du défilé du 12 septembre 1944. Quant à celui qui était à leur tête, je me contenterai de préciser que le général de GAULLE a tenu plus tard à lui écrire "qu'il n'avait pas oublié ni ses services, ni ses mérites de combattant".

L'histoire a établi que ce fut une magnifique victoire que d'avoir réussi à faire capituler le général GLEINIGER en août 1944, sauvant de la fusillade les emprisonnés et évitant aux maquisards et à la population civile, des pertes certaines. De même, l'histoire établira le mérite de l'homme qui, en juin 1944, sut se garder d'attaquer Limoges comme le furent Tulle et Guéret. Limoges n'a pas été la Varsovie française, Limoges n'a pas été brûlé.

L'iniquité a voulu que dix ans plus tard, le même homme, redevenu volontairement simple instituteur, soit impliqué dans une affaire judiciaire où il n'avait rien à voir, ainsi que le démontra ensuite l'octroi d'un non-lieu. Victime d'une incarcération injustifiée, il faillit perdre la vie : les experts commis par la justice purent dire que "son état inspirait de réelles inquiétudes pour sa vie". Enfin libre, il dut emprunter pour couvrir les frais occasionnés.

Ce sont là des faits irrécusables, mais au delà de GUINGOUIN, c'est toute la Résistance limousine qui est atteinte. FOURNIER-BOCQUET, secrétaire général de l'Association nationale des combattants de la Résistance, pouvait s'écrier naguère : "Le Limousin a largement contribué à écrire les pages de la gloire de 1944. Limousins, vous êtes aujourd'hui les plus calomniés et les plus persécutés".

Aux côtés du colonel GUINGOUIN se tenaient en 1944 le commandant ENSERGUEIX, militant socialiste, le capitaine VIGUIER, officier parachuté, et c'est toute une population qui permit aux maquisards de subsister et de conquérir à notre ville un des plus beaux titres de la Résistance française, celui de "Capitale du Maquis". ENSERGUEIX, VIGUIER et bien d'autres, nos camarades de combat, ne sont plus.

Ni les morts, ni les vivants ne mériteraient cela ?

Georges GUINGOUIN,

Ex-chef départemental des Forces Françaises de l'Intérieur de la Haute-Vienne

Malgré la véracité de la séquestration d'André GIRARD et de ses agents par leurs compagnons de combat, le quotidien limougeaud communiste "L’écho du Centre" publie pour sa part le 26 janvier 1966 un éditorial méprisant et tendancieux sous le titre "l’honneur de la Résistance" et signé par Marcel RIGOUT. Suite à l'inobservation de son droit de réponse, André GIRARD assigne devant le tribunal correctionnel de Limoges pour diffamation le journal incriminé ainsi que les directeurs RIVET et RIGOUT. Le jugement du 5 octobre 1966 prononce leur condamnation en 1ère instance au paiement d'une peine d'amende et de dommages-interêts symboliques ; suite à l'appel des prévenus, leur condamnation est confirmée le 20 avril 1967 par la Cour d'Appel de Limoges.

«La république du Centre» et «La voix de la Résistance» (novembre 1965)        France Soir (15 janvier 1966)

Présentation du livre par Marie GRANET et publiée dans le bulletin du comité d'histoire de la seconde guerre mondiale N° 155 de juillet 1966 :

André GIRARD (avec la collaboration de Robert HERVET) - Le temps de la méprise, Ed. France-Empire, 1965, 19x14 - 284 p.

Pendant l'occupation, André GIRARD a été membre du ré­seau Alliance et chef de la région Centre-Ouest qui comprenait quinze départements. Dans ce livre, il raconte ses souvenirs depuis 1940 jusqu'à la libération. C'est d'abord Dunkerque où il est grièvement blessé et fait prisonnier, puis la captivité au stalag VI A, la vie au camp, les projets d'évasion - il ne se résigne pas à rester immobile et inutile dans un camp de prisonniers - , la première évasion manquée, les re­présailles en prison et au camp de Versen. Enfin, il réussit à se joindre à un convoi de prisonniers qu'on rapatrie en France en juillet 1941. Il s'échappe à la gare de Dijon, passe en zone sud, gagne Lyon (août 41) puis Toulouse.

Il retourne dans l'administration des tabacs et est finalement nommé à Brive-la-Gaillarde en juin 1942. La grisaille de la vie administrative le fait rêver d'aventures, de combats : il songe à rejoindre l'Angleterre via l'Espagne.... Mais une occasion s'offre à lui de se rendre utile en France même : un de ses chefs de service, l'ingénieur en chef Marcel LEMOIGNE, le fait entrer à Alliance. Peu à peu, et surtout à partir du printemps 1943, il entre en rapport avec les principaux agents du réseau de la région du centre où il peut circu­ler sans trop attirer l'attention de l'ennemi à cause de son métier. Il est chargé ensuite de missions plus lointaines (Toulouse, Toulon...) et il est mis avec plus de précision au courant des activités, des difficultés, des besoins du réseau. Il fait connaissance avec les responsables régionaux (comme Triton et  Pétrel) qui, les uns après les autres, partent... ou disparaissent et qu'il faut remplacer. André GIRARD est chargé, en octobre 1943, de 7 départements, puis, en janvier 1944, de toute la région Centre-Ouest qu'il doit réorganiser et dont il gardera la direction jusqu'à la libéra­tion.

Il est ainsi amené, d'une part, à exposer dans ses gran­des lignes, l'organisation de sa région à travers le pseudonyme des chefs des secteurs et l'initiale de code (AB, AC, AK) des agents et, d'autre part, à raconter les aventures nombreuses, parfois romanesques, souvent dramatiques, qui sont arrivées à lui et à ses amis au cours de ces longs mois de lutte où ils circulaient sur les routes encombrées de convois allemands. Personnellement, il se tire toujours d'affaire puisqu'il peut montrer, pour jus­tifier ses déplacements, des papiers officiels. Mais un grand nombre de ses amis sont arrêtes, fusillés, déportés. Il donne en fin de volume la liste de ceux des membres d'Alliance avec lesquels il a été en rapports ainsi que leurs pseudonymes.

La libération acquise, ce fut pour André GIRARD le der­nier acte, un acte de tragi-comédie, qui lui parut particulière­ment amer et qui justifie le titre de son livre : Le temps de la méprise. Alors qu'il avait échappé à la Gestapo, il fut, en effet, arrêté, dans la Haute-Vienne, par un groupe de maqui­sards F.T.P. qui le prirent pour un milicien et manifestèrent l'intention de le fusiller. En vain, André GIRARD demanda à parler à Georges GUINGOUIN, chef des F.F.I. de la Haute-Vienne. Le ma­lentendu se prolongeait et devenait angoissant lorsque GIRARD fut mis en présence de résistants qui le connaissaient bien et qui intervinrent en sa faveur. André GIRARD put alors faire pré­venir Londres par radio et le Colonel Hervé, chef de l'A.S. de Corrèze. Après une brève - et peu cordiale ! - entrevue avec GUINGOUIN, André GIRARD fut libéré, mais cet incident lui gacha la joie de la libération.

Y eut-il volonté de GUINGOUIN et des F.T.P. de faire disparaitre un membre d'un réseau non communiste ? Y eut-il seulement une lamentable méprise ? La clandestinité engendrait la méfiance, les miliciens étaient justement haïs, et on en voyait partout... En outre, des rivalités existaient entre maquis voisins, d'origine différente, et aux rivalités locales s'ajoutaient les rivalités politiques.

Libre de nouveau, André GIRARD rejoignit à Paris Marie-Madeleine FOURCADE, chef du réseau, rentrée d'Angleterre, et ses autres camarades d'Alliance. Il fut chargé de missions dans l'Est où se déroulaient les dernières opérations de la guerre : il alla ainsi à Thionville, à Trèves. L'armistice l'empêcha d'exécuter la dernière mission qu'on lui avait confiée : un parachutage en Bavière.

L'ouvrage d'André GIRARD est trés intéressant pour l'histoire du réseau Alliance et, par suite, pour l'histoire de la Résistance : il donne un aperçu trés vivant des diffi­cultés journalières rencontrées par les clandestins : dif­ficultés des liaisons, insuffisance des appareils et des opé­rateurs radio, manque de moyens de communication. Dans le secteur d'André GIRARD, à cause du passage continuel des troupes allemandes qui refluaient vers le Nord au cours de l'été 1944, les déplacements étaient de plus en plus compliqués sur les routes barrées de troncs d'arbres, où l'on rencontrait tour à tour des détachements allemands et des groupes de maquisards également méfiants, si bien qu'il fallait un double jeu de papiers : un laissez-passer (vrai) pour montrer aux maquisards et des cartes d'identité (fausses) pour montrer aux troupes allemandes.

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